Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans : protéger, oui. Surveiller tout le monde, non.
Publié sur LinkedIn le 22 juillet 2026
Le 21 juillet 2026, le Parlement a adopté l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.
L’objectif est compréhensible : protéger les enfants contre l’addiction, le cyberharcèlement, les contenus violents et les mécanismes de recommandation.
Mais je pense que l’interdiction générale est une mauvaise réponse à un vrai problème.
D’abord, l’éducation numérique relève aussi de la responsabilité des parents.
Un enfant ne devient pas autonome à 15 ans et un jour. Il apprend à gérer son temps, protéger ses données, reconnaître une manipulation et bloquer un compte.
Interdire ne remplace pas cet apprentissage.
Cela risque de le retarder, tout en poussant certains jeunes vers de faux comptes, des VPN ou des plateformes moins contrôlées.
Ensuite vient la vérification de l’âge.
Pour empêcher les moins de 15 ans d’ouvrir un compte, il faudra vérifier l’âge de tous les utilisateurs, adultes compris.
Avec quelle technologie ?
Une pièce d’identité ?
Une reconnaissance faciale ?
Une identité numérique ?
Un tiers de confiance ?
Et surtout : quelles données seront créées, conservées, croisées ou exposées ?
Je ne veux pas que l’État, une plateforme ou un prestataire puisse établir la liste des réseaux que j’utilise.
Un système bien conçu peut fournir une preuve d’âge sans révéler l’identité ni le service consulté. La CNIL défend le principe du double anonymat.
Mais ce niveau de protection doit être une obligation technique vérifiable, pas une promesse ajoutée dans des conditions générales.
La protection des mineurs ne doit pas devenir le prétexte à l’identification permanente des adultes.
La bonne réponse serait, à mon sens, plus équilibrée :
responsabiliser les parents ;
former les enfants dès l’école ;
fournir des contrôles parentaux simples ;
imposer des paramètres protecteurs par défaut ;
limiter les mécanismes addictifs ;
sanctionner les plateformes qui exposent les mineurs ;
garantir une vérification d’âge anonyme et sans traçage.
Les plateformes ont une responsabilité. Les parents aussi.
L’État doit fixer des garde-fous, contrôler les abus et donner des moyens d’éducation. Il ne devrait pas remplacer les parents ni installer une infrastructure capable de suivre les usages numériques de toute la population.
Protéger les enfants est indispensable. Mais une bonne intention ne garantit pas une bonne loi.
La vraie question est donc :
comment protéger les mineurs sans infantiliser les familles et sans transformer chaque adulte en internaute obligé de prouver son identité ?
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